blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 141 :
Y a-t-il une vérité après la vérité ?

V

Il y a quelques jours, à Taormina, entre deux palmiers M. Piano me prit le bras : Je vais être ministre de droite dans un gouvernement de gauche, mais motus ! me confia-t-il. C’est vrai ? lui demandai-je stupidement. Son chat réagit le premier (depuis des mois, Piano portait un chat noir sur l’épaule) en miaulant de travers, soulignant les propos outrés de mon ami : « Quoi ? C’est vous qui me posez cette question ? Quand vous passez vos journées à louer le faux, à proclamer que la vérité n’existe pas et que seule l’illusion organisée d’un récit bâtit le réel ! » Avant que j’arrive à trouver le souffle pour répondre, Piano (son chat sortait ses griffes) enchaîna : « Depuis des siècles, la pensée humaine occupe ses heures à démonter les vérités qu’elle croyait solides et immuables : la...

Vilaines Pensées 140 :
Ceci n’est pas un rêve

V

Depuis des années, sans doute des siècles, je suis paralysé sur un fauteuil qui ne roule pas. Mais c’est le monde qui bouge : chaque jour, mes chers infirmiers modifient les décors, le paysage, en faisant glisser des panneaux peints derrière ma fenêtre. Ainsi, je voyage beaucoup plus qu’un touriste ingambe, tantôt je suis au bord d’une forêt, tantôt en haut d’une vaste cité d’immeubles, tantôt devant la mer bleue, et tantôt il neige. L’autre jour, je suis allé en France, au palais de l’Élysée. Derrière la fenêtre, les images ont glissé, des arbres ont défilé, puis ce fut un hall d’aéroport, puis des hublots d’avion avec vue sur le ciel, enfin ce fut Paris admiré à travers les vitres d’une voiture, des motos de police, comme en un film, m’entouraient de bruits de sirènes, mon cœur battait...

Vilaines Pensées 139 :
Un débat sur les débats

V

Longtemps, j’ai haï les débats ; et me suis couché de bonne heure. Souvent, avec hauteur, j’ai pensé : quand, lors d’un débat, je verrai l’un des acteurs changer d’avis au cours de ces échanges, je pourrai croire à l’utilité sociale de cet exercice narcissique — où chacun se doit de demeurer sur ses positions, sans jamais entendre l’adversaire. Mais, l’autre jour, des circonstances historiques m’ont conduit à supporter un fameux débat : une malade caricatura à l’extrême ce genre de joutes stériles, ricanant pour déstabiliser le rival, ressassant les mêmes phrases pour convaincre, mentant ouvertement pour s’imposer, persistant et persifflant en une outrance affligeante ; face à elle, un jeune homme martelait sa raison, son savoir, pointant les erreurs, tentant de mettre de l’ordre dans un...

Vilaines Pensées 138 :
L’oie aux œufs d’or

V

Il était une fois un royaume bizarre : tout petit, une colline, une vallée, entre des montagnes hautes et abruptes. On y vivait surtout de l’argent dépensé par les nombreux touristes qui venaient, grâce à un téléphérique, admirer sur la colline le château vert où résidait la curiosité nationale, célèbre dans le monde, une oie. Une oie mécanique, et réglée par une horloge hasardeuse, qui parfois, pas souvent, même très rarement, délivrait soudain un œuf d’or : chaque touriste étranger rêvait d’être présent le jour béni pour jouir de ce miracle aléatoire et se mirer dans l’œuf pondu, la plupart du temps on repartait déçu, mais l’on revenait vite, plein de cet espoir qui ferait vivre. Les commerces des habitants de la colline étaient florissants, mais nul touriste ne se rendait dans la...

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