blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 137 :
Lettres persanes, IX

V

Lettre de Roxane à Usbek. Téhéran, sous la pluie légère. Je regrette que tu quittes si vite la France, comme si — ô Usbek errant en Europe — tu étais déçu qu’après tant de retournements, de coups de théâtre, les résultats du premier tour des élections présidentielles soient ceux prévus depuis des jours, ne permettant pas de donner tort aux instituts de sondage qui, par orgueil, répétaient qu’ils pouvaient se tromper. Ici, en Iran où je t’attends, les roses de notre jardin libèrent leur couleur pourpre et leurs douces odeurs : elles t’attendent, aussi. Elles font selon leurs millénaires habitudes, quand les Français viennent de bouleverser leurs usages, rejetant leurs clans politiques traditionnels et créant de nouvelles ruptures entre les souverainistes et les cosmopolites. Les lettres...

Vilaines Pensées 136 :
Lettres persanes, VIII

V

Lettre d’Usbek. Paris, sous un froid d’avril. Peut-on m’imaginer marchant, de nuit, tel un chat sur les toits de Paris ? Ô Roxane restée en Iran, tu me dis parfois que j’ai des pattes de velours. Par une lucarne je les vis ensemble, seuls autour d’une table, ce dernier carré des prétendants au trône de France, le Triste Sourcilleux, le Petit Prince, le Tonitruant Romantique et la Blonde Non-Voilée. Le Pauvre Petit Canard n’était pas invité à ce congrès secret, ainsi tourne la roue de la vie — mais qui pourrait croire aux fables d’un Persan ? Ils ne se disaient rien, ils étaient fatigués, il n’y eut nulle tractation, même muette. Rien qu’un long silence qui racontait leur angoisse à quatre jours du premier tour de cette élection présidentielle où ils se risquaient. Et leur angoisse...

Vilaines Pensées 135 :
Lettres persanes, VII

V

Lettre d’Usbek à Nargum. Paris, après Pâques. Pourrais-je honnêtement te répondre, Nargum, quand tu me questionnes au nom d’une vision russe de la France, et que je ne puis avoir qu’une vision persane, des réponses d’un autre orient que Moscou ? Certes, comme les moscovites, et comme peut-être les Américains, j’avance sur la pointe des pieds quand je parle avec des Français de la république laïque. Pour se rendre intéressants, cette idée ils l’ont proclamée universelle, ils sont les seuls à le croire, et je pense que cela émane moins de la raison que de la magie. Mais ne divulgue point — ô Nargum à Moscou — ces propos à l’ambassade de France, au risque de les voir publiés à Paris, je tiens à l’estime de mes amis des bords de Seine. Pour arrêter de proférer, selon eux, des sottises, je...

Vilaines Pensées 134 :
Lettres persanes, VI

V

Lettre de Nargum à Usbek. Moscou, sous une lune d’avril. On m’a écrit d’Ispahan que tu étais à Paris, Usbek, et Roxane me communique le contenu de tes lettres. Tu affirmes que la clarté est une maladie française, mais tel n’est pas l’avis de la Sainte Russie. Ici, on juge les Français plutôt obscurs, et par exemple personne ne comprend l’usage constant, chez eux, de l’adjectif « républicain » qu’ils agitent à chaque phrase. Cette république une et indivisible parait, ici, ressembler par trop au credo de la Trinité, également une et indivisible, mais bizarrement toujours accolé chez eux à une « laïcité », autre idée étrange quand on sait que le moindre de nos usages vient des religions. Les Russes, du moins ceux qui ont la pratique courante de l’avion, s’affolent dès qu’un Français leur...

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