blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 216 : Malheureux Faust (3)

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Rien à faire ! Je ne parvins pas à retrouver ma vieillesse ! Je fis semblant d’avoir un coma qui me permettrait peut-être de regagner mon âge véritable et vénérable, mais il ne fut qu’éthylique ! Et la médecine me négligea ! Assumant finalement ma jeunesse, mais renonçant aux puérils points d’exclamation, je logeais comme un petit-fils chez Mme et M. Piano, qui avaient mon âge réel et avec qui j’avais partagé toutes les désillusions. Ce fut horrible : redevenu trop jeune, je ne partageais plus les idées du professeur Piano, qui analysait les renversements des valeurs, les mutations de la culture. Il m’apparut soudain comme un imbécile sénile. Et j’avais beau me dire que j’avais suivi la même évolution que lui, je ne comprenais plus sa génération, qui pourtant était la mienne, et il ne...

Vilaines Pensées 215 : Une trop belle histoire ?

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Agustina Llarma et son frère Matteo vivaient au village de San Bernardo. Jusque là, rien d’extraordinaire. Mais Agustina, dès son plus jeune âge, répara les destins, soulagea les affres des humains de la contrée. Elle trouvait par exemple les bons arguments pour réconforter la veuve du suicide de son époux. Ou bien savait arranger l’héritage compliqué de la famille Santiago, rassérénant les esprits. Ou bien découvrait où était caché le trésor des Remblote et le partageait entre les gens du quartier. A chaque instant on l’appelait, elle eut bientôt quatre-vingt-dix ans, on l’aimait, la récompensait. Quant à Matteo, son frère, dès son enfance il eut le génie de se souvenir de tout, et à quatre-vingt-quinze ans pouvait décrire l’image exacte de l’église du village au siècle dernier, dire où...

Vilaines Pensées 214 : Malheureux Faust (2)

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Donc, suite à un merveilleux coma, je me retrouvai à soixante-dix ans avec les sublimes jambes d’un jeune coureur, plein de vie, avec les pulsions et le beau visage d’un mâle de dix-neuf ans. Le bonheur. Mais je gardais en moi le recul et l’expérience de mon âge véritable, et ce fut une atroce schizophrénie, un total inconfort. Celles et ceux avec qui je partageais ma neuve apparence me lançaient des mots, des abréviations, des sonorités vaguement américaines qui me passaient au-dessus de la tête : j’avais l’air idiot. On écoutait des musiques que je détestais, auxquelles je devais adhérer : j’étais étranger à mon nouvel âge. D’autant plus que je les trouvais laids, mes amis, pourtant coiffés et vêtus comme moi, en une extravagance étudiée. Et que je les trouvais laides, les filles...

Vilaines Pensées 213 : Malheureux Faust (1)

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J’ai raconté comment et pourquoi je fus coupé en deux, les jambes avalées et digérées dans le ventre d’un lion, et le reste de mon être dans le coma. Rares sont ceux qui ont le plaisir de parler de leur coma. Je dis : plaisir, car on subit alors deux phénomènes que les médecins taisent. Le premier phénomène, c’est que l’on vit intensément. Durant mon coma, je visitai l’Amérique, devint producteur sur une grande chaîne de télévision, achetai une maison sur une île, me mariai avec une star, je jouissais, riais, m’épanouissais. Mais, souvent, comme tout le monde, je m’endormais, je rêvais que j’étais dans un lit, immobile, sourd, insensible, respirant à l’aide d’appareils oniriques que je subodorais sans les voir, attendant le moment où je me réveillerai pour présider un Conseil...

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