blog de François Coupry

Vilaines Pensées 260 : LETTRES A PIANO (SUITE)…

V

Mon pauvre Piano, les fantaisies médicales ne s’arrangent pas, ici, en ce début 2021 ! Je vais encore dire des horreurs : le drame, c’est que l’on pose comme principe soi-disant immuable que chaque être humain serait irremplaçable, et qu’il faut dans l’absolu le sauver coûte que coûte. La mort d’un enfant debout sur deux pattes, c’est Mozart qu’on assassine, chante la médecine dans toutes les basses-cours, car l’humain a une âme bénie, une race suprême, ce singe pensant bâtisseur de cathédrales, organisateur des plus grands massacres que le cosmos connaît, d’étoiles en étoiles. Ah Piano, moi médecin je suis chargé de sauver, mais même après les célestes vaccinations par les religieuses, dans les non-dits que moi seul percevais je savais que la plupart des habitants de San Fernando en avaient marre d’être considérés tels des élus de Dieu, ou des dieux. Et après avoir voulu négliger leurs maux, après avoir pensé à juste titre que chaque malade est un bien-portant qui s’ignore, ils se réfugient aujourd’hui dans l’étouffante Covid avec la perspicacité des acrobates qui se suicident sous les ponts pour oublier leur peur de la mort ! Si bien que chaque maison blanche du village devient un hôpital, les pièces à vivre et les salons se transforment en chambres de malade, les cuisines et les toilettes en espaces cliniques de réanimation : des lits adéquats furent acheminés et installés, des appareils de respiration artificielle furent livrés et branchés. Qui paya ? La République, quelques militaires toujours actifs à San-Théodoros, ou bien les congrégations religieuses dont les membres deviennent des spécialistes en virologie, éduqués en quelques jours pour soigner avec science et compassion ? Chaque habitant, du moins la majeure partie de ces âmes recensées, au lieu de s’occuper, de travailler à produire on ne sait plus quoi, vit désormais dans l’espérance d’être bientôt guéri, mais surtout dans la panique d’être trop vite guéri, se retrouver illico dans la rue ou dans la campagne ! Et moi, l’idiot médecin, ne connaissant rien comme chaque docteur, je me trouve dans l’obligation de sauver mon prochain, cet être irremplaçable qui en réalité voudrait en finir avec ce carnaval. Ah Piano, je termine ma lettre en catastrophe, il faut que j’aille relever les températures de ces centaines de bienheureux, je me dépêche, je fourre cette missive terrible dans ma poche, avant de la mettre dans la gueule du chien…

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