blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 150 :
Répétition générale

V

Madame Albertini, d’abord toute ma compassion et ma sympathie pour la mort de votre enfant, tué par les terroristes. On va vous filmer et enregistrer vos réactions, c’est pour une chaîne d’information, document exclusif. Il faut que le pays soit ému, vous comprenez. Nous avons écrit sur cette feuille, en gros, quelques éléments de langage, je veux dire quelques phrases, pour vous aider. Voilà. Vous êtes prête ? Quand vous voulez. On tourne, c’est parti. Non, non, arrêtons. Il ne faut pas donner l’impression que vous lisez un texte, ce n’est pas une récitation. A partir de ces phrases, vous devez être spontanée, sincère, bouleversée. D’accord ? C’est reparti. Non, non, coupez, je vous enlève ce papier, je veux des mots qui viennent de votre cœur. Et il faudrait que vous pleuriez un peu...

Vilaines Pensées 149 :
Comment revenir du paradis ?

V

En juillet dernier, un juge, qui avait eu la responsabilité de beaucoup d’affaires délicates, mais qui avait été blâmé en de nombreuses occasions, voulut se légitimer, en avoir le cœur net : mourir. Ou bien, évidemment ? La mort effacerait tout, et surtout ses remords ; ou bien, qui sait ? Il découvrirait enfin outre-tombe les solutions, en une vie posthume : enfermant sa tête dans un sac, il se suicida par manque d’air. Alors, il eut des séries de surprises. D’abord, au contraire des idées rationnellement admises, il n’oublia rien et se retrouva dans un vrai Au-delà. Ensuite, avec stupeur, il s’aperçut que ce paradis – ou cet enfer ? – ressemblait aux images les plus enfantines, sinon puériles : les innombrables morts humains portaient des robes blanches, parmi des nuages également...

Vilaines Pensées 148 :
Temps humain et balle de révolver

V

Il va sans dire que les balles de révolver, telles les souris par exemple, peuvent penser et raconter. Et je suis une balle de révolver. Dans le bar de Big Joë, je suis sortie, en pétarade, du canon de l’arme de John Wing, afin d’atteindre le front visé de William Carlong. Mais ce qui, sans doute, nous différencie des humains, nous les balles, c’est le sentiment de la lenteur du temps : de notre point de vue, nous allons très doucement ; quand, peut-être, pour un œil humain, entre le moment où nous quittons le canon et celui où nous atteignons notre but, il ne se passe rien d’autre qu’une impression instantanée. Ainsi, dans le cas présent, ayant été tirée, j’ai le temps, sur ce trajet jusqu’au crâne de William Carlong et sur une assez longue durée, d’admirer les bouteilles d’alcool...

Vilaines Pensées 147 :
Le droit de naître dans la dignité

V

Certaines ironiques puces se moqueront si je dis — ce qui est pourtant la pauvre réalité — que je suis la perruque du juge Andrew, quelque part dans la campagne anglaise, verte. Mais si je parle du cas d’Amélia Boc, on me prendra au sérieux car l’affaire fit mondiale sensation. Il faut savoir, chers extraterrestres, que les chapeaux, dont font partie les perruques, sont les choses les plus près des crânes, et donc des sueurs, des tressaillements de la cervelle : ainsi ai-je été aux premières loges, lors du procès d’Amélia, en ce coin perdu du Kent. Certes, le mot « laid » serait relatif, selon une naissance européenne, asiatique ou africaine, et il n’y a point d’universalité déclarée, mais il y a des limites tacites et humaine : cette fille de seize ans les dépassait toutes en horreurs et...

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