blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 146 :
La supériorité animale

V

Un jour, une biche aux longs cils tua, dans la brousse, d’un coup de sabot un chasseur humain. Elle laissa le mort sur place, puis revint le chercher, ne le retrouva plus dans les herbes. C’était une âme sensible et distinguée. Alors, elle se rendit au commissariat animal, faire aveu de son crime, mais quand le chien en chef lui demanda l’identité de celui qu’elle avait tué, elle répondit qu’elle ignorait son nom et où se trouvait le corps. L’affaire alla jusqu’à l’éléphante, la juge en titre, qui fut fort embarrassée. Car la biche se sentait coupable, voulait expier son coup de sabot en finissant sa vie au zoo, afin de demeurer moralement pure et droite. Imaginons un même drame chez les humains… Le commissaire, devant cette impuissance à produire un cadavre, et même à le nommer...

Vilaines Pensées 145 :
Vivement le dix-huitième siècle ?

V

Monsieur Piano, qui a l’œil bleu et impitoyable, me fit remarquer, l’autre soir, que les citoyens européens — et certainement aussi ceux du reste du monde — vivent aujourd’hui comme au dix-septième siècle. Certes, on admet, telle une évidence dont on ne fouille point les fondements branlants, que nous serions devenus égaux en droits. Mais les fortunes et les héritages nous rangent toujours dans des conditions hiérarchisées, et nous n’avons pas tous les mêmes devoirs. Ainsi les gens aisés ne doivent pas manger la même cuisine que les pauvres, sinon l’on taxerait les premiers de populistes faisant semblant d’aimer les ragouts, et l’on qualifierait les derniers de snobs qui singent l’aristocratie capitaliste en osant goûter des délicatesses ouvragées ; de même que nous ne devons pas...

Vilaines Pensées 144 :
Le château du jardinier

V

Des théologiens pensent que la force d’un Dieu réside dans sa faculté à, peut-être, ne pas vraiment exister. Le cas de Johan le Bègue nous éclaire sur cette subtilité vertigineuse. Il était une fois un jardin qui dépérissait, les ronces pavaient les chemins, les rosiers piquaient du nez. Pourtant les jardiniers étaient nombreux, et bien rémunérés par le propriétaire, un riche excentrique qui vivait à l’autre bout de la terre. Pour se motiver, ils décidèrent d’élire parmi eux un chef, qui logerait dans le petit château tarabiscoté au cœur de ce jardin. Chaque jardinier exposa son plan de désherbage et de plantation, mais tous avec tant de périphrases que l’on se perdit dans les méandres. Seul Johan le Bègue s’exprima bien. Son nom l’indique : il évita les paroles, ne put que peindre des...

Vilaines Pensées 143 :
Le Grand Accusateur

V

Inutile de me parler des lois. Ce ne sont que conventions vulgaires, écrites par des incultes qui ne songent qu’à faire plaisir, soit au pouvoir établi, soit aux peuples qui se croient souverains. Moi, je représente la morale. Mais, inutile, encore, de m’imaginer vêtu en prêtre, en inquisiteur, avec une longue robe noire, et maigre. Non, je suis plutôt rond, j’ai la mise et la mine les plus ordinaires, je passe inaperçu lorsque j’enquête. Et j’ai enquêté sur les membres du Parlement de mon pays, qui tous respectent les lois qu’ils promulguent, quand si peu parmi eux réfléchissent à la Morale, comme s’ils ignoraient qu’Elle est bien plus terrible que les lois, qu’Elle nécessite davantage de jugement. Et aujourd’hui j’accuse. J’accuse Leonora Grandy d’avoir, en son enfance, dit la vérité à...

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