blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 134 :
Lettres persanes, VI

V

Lettre de Nargum à Usbek. Moscou, sous une lune d’avril. On m’a écrit d’Ispahan que tu étais à Paris, Usbek, et Roxane me communique le contenu de tes lettres. Tu affirmes que la clarté est une maladie française, mais tel n’est pas l’avis de la Sainte Russie. Ici, on juge les Français plutôt obscurs, et par exemple personne ne comprend l’usage constant, chez eux, de l’adjectif « républicain » qu’ils agitent à chaque phrase. Cette république une et indivisible parait, ici, ressembler par trop au credo de la Trinité, également une et indivisible, mais bizarrement toujours accolé chez eux à une « laïcité », autre idée étrange quand on sait que le moindre de nos usages vient des religions. Les Russes, du moins ceux qui ont la pratique courante de l’avion, s’affolent dès qu’un Français leur...

Vilaines Pensées 133 :
Lettres persanes, V

V

Lettre d’Usbek. En France, sous la lune d’avril. Ce soir, je songe que les Français peut-être me voient avec un turban rouge, des moustaches tombantes, des culottes bouffantes et un sabre à ceinture. Je n’ai point de sabre, mais ces images, comme celles d’Épinal en ce pays, s’accolent à la réalité, et la dominent. Sans doute mon regard sur les usages d’ici est-il autant faussé de lieux communs : les pensées de ce peuple bavard me paraissent souvent trop carrées, souscrivant sans cesse à une rigueur méthodique. Et rien ne lui manque plus que le plaisir de se contredire ou l’exercice de la fantaisie. Ainsi, l’autre jour, les prétendants au trône — pardon, ô Roxane restée en Iran : les candidats républicains — furent-ils alignés en un débat, sur les postes de communication. Je pus admirer en...

Vilaines Pensées 132 :
Lettres persanes, IV

V

Lettre d’Usbek. Limoges, un jour de la lune d’avril. À force d’entendre la France se vanter d’être centralisée, je m’imaginais qu’il n’y avait qu’une seule vraie ville, Paris, en ce pays. Aussi fus-je surpris de voir à Limoges, pourtant décrite par mes amis poètes parisiens comme un coin perdu, des immeubles, des avenues, des transports, des commerces : on se serait cru boulevard Saint-Germain. Toutefois, quand à la capitale les belles âmes comparent cette campagne électorale à une succession de surprises, avalanche de procédures de justice, bouleversement des alliances, élimination possible des partis classiques, et quand on s’attend avec avidité à d’autres surprises, en province ce sentiment me semble davantage tempéré : on trouve dérisoire cette agitation qui ne correspondrait pas aux...

Vilaines Pensées 131 :
Lettres persanes, III

V

Lettre d’Usbek. Paris, les premiers jours de la lune d’avril. Il y a chez les Français, sur leurs télévisions, des chaînes qui en continu informent. Elles vous racontent à chaque minute ce qui advient de par le monde. De mauvais esprits prétendent que lorsqu’il ne se passe rien il faut inventer, on leur rétorque qu’il se manifeste toujours quelque chose, ne serait-ce que justement et significativement rien. Des érudits, sur ces écrans, sans cesse commentent, analysent l’actualité, et j’ai eu le malheur d’évoquer qu’en Iran sans cesse des religieux d’Islam également interprétaient, on m’a remis avec dédain à ma place : un étrange Persan qui ne saurait comparer deux civilisations. En ce temps de campagne présidentielle, à tout moment ces commentateurs s’activent et surtout brandissent les...

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