blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 218 : La vie avant la vie

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Tout le monde connait les fantômes, les esprits des corps morts qui nous hantent avec leurs regrets, leurs gémissements sur des existences terrestres ratées, des ambitions ou des amours trahies, leur goût de vengeance, les âmes des morts sont sordides, rarement amusantes. On connait moins les âmes pas encore installées dans des corps, celles qui attendent un embryon pour s’y loger, et mouvoir cet ensemble de cellules que les sciences bornées mettent en avant. Ces âmes paraissent plus fraîches, pures, naïves, plus évanescentes et difficiles à remarquer que celles qui se sont déjà incarnées, mais autant sordides, peu amusantes. En tant que prêtre hérétique et confesseur attitré des fantômes, parfois ces âmes point encore incarnées viennent me visiter pour m’avouer leur désir, leurs espoirs...

Vilaines Pensées 217 : Malheureux Faust (4)

V

Et voilà : après des aventures invraisemblables, déjà racontées et donc vraies, à soixante-dix ans je me retrouvais âgé de vingt ans, et je partis en vacances de Rome à Pékin, de Moscou à Boston, en compagnie de Clavecin, le petit-fils de mon ami et contemporain Piano. Nous n’eûmes aucun souci d’argent. Et pourtant nous partîmes sans un sou en poche. Or, nous trouvâmes des sous partout, et point seulement, comme je le croyais, grâce à de petits métiers occasionnels, mais surtout dans les poches des ivrognes et des morts, ou dans les caniveaux, ou dans des portefeuilles tombés des balcons. On est pauvre quand on s’échine à travailler, ou bien à créer des emplois pour occuper l’esprit de ceux qui ne sont pas innocents, au contraire de Clavecin et moi qui rigolions, riches. Et, bien sûr...

Vilaines Pensées 216 : Malheureux Faust (3)

V

Rien à faire ! Je ne parvins pas à retrouver ma vieillesse ! Je fis semblant d’avoir un coma qui me permettrait peut-être de regagner mon âge véritable et vénérable, mais il ne fut qu’éthylique ! Et la médecine me négligea ! Assumant finalement ma jeunesse, mais renonçant aux puérils points d’exclamation, je logeais comme un petit-fils chez Mme et M. Piano, qui avaient mon âge réel et avec qui j’avais partagé toutes les désillusions. Ce fut horrible : redevenu trop jeune, je ne partageais plus les idées du professeur Piano, qui analysait les renversements des valeurs, les mutations de la culture. Il m’apparut soudain comme un imbécile sénile. Et j’avais beau me dire que j’avais suivi la même évolution que lui, je ne comprenais plus sa génération, qui pourtant était la mienne, et il ne...

Vilaines Pensées 215 : Une trop belle histoire ?

V

Agustina Llarma et son frère Matteo vivaient au village de San Bernardo. Jusque là, rien d’extraordinaire. Mais Agustina, dès son plus jeune âge, répara les destins, soulagea les affres des humains de la contrée. Elle trouvait par exemple les bons arguments pour réconforter la veuve du suicide de son époux. Ou bien savait arranger l’héritage compliqué de la famille Santiago, rassérénant les esprits. Ou bien découvrait où était caché le trésor des Remblote et le partageait entre les gens du quartier. A chaque instant on l’appelait, elle eut bientôt quatre-vingt-dix ans, on l’aimait, la récompensait. Quant à Matteo, son frère, dès son enfance il eut le génie de se souvenir de tout, et à quatre-vingt-quinze ans pouvait décrire l’image exacte de l’église du village au siècle dernier, dire où...

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