blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 140 :
Ceci n’est pas un rêve

V

Depuis des années, sans doute des siècles, je suis paralysé sur un fauteuil qui ne roule pas. Mais c’est le monde qui bouge : chaque jour, mes chers infirmiers modifient les décors, le paysage, en faisant glisser des panneaux peints derrière ma fenêtre. Ainsi, je voyage beaucoup plus qu’un touriste ingambe, tantôt je suis au bord d’une forêt, tantôt en haut d’une vaste cité d’immeubles, tantôt devant la mer bleue, et tantôt il neige. L’autre jour, je suis allé en France, au palais de l’Élysée. Derrière la fenêtre, les images ont glissé, des arbres ont défilé, puis ce fut un hall d’aéroport, puis des hublots d’avion avec vue sur le ciel, enfin ce fut Paris admiré à travers les vitres d’une voiture, des motos de police, comme en un film, m’entouraient de bruits de sirènes, mon cœur battait...

Vilaines Pensées 139 :
Un débat sur les débats

V

Longtemps, j’ai haï les débats ; et me suis couché de bonne heure. Souvent, avec hauteur, j’ai pensé : quand, lors d’un débat, je verrai l’un des acteurs changer d’avis au cours de ces échanges, je pourrai croire à l’utilité sociale de cet exercice narcissique — où chacun se doit de demeurer sur ses positions, sans jamais entendre l’adversaire. Mais, l’autre jour, des circonstances historiques m’ont conduit à supporter un fameux débat : une malade caricatura à l’extrême ce genre de joutes stériles, ricanant pour déstabiliser le rival, ressassant les mêmes phrases pour convaincre, mentant ouvertement pour s’imposer, persistant et persifflant en une outrance affligeante ; face à elle, un jeune homme martelait sa raison, son savoir, pointant les erreurs, tentant de mettre de l’ordre dans un...

Vilaines Pensées 138 :
L’oie aux œufs d’or

V

Il était une fois un royaume bizarre : tout petit, une colline, une vallée, entre des montagnes hautes et abruptes. On y vivait surtout de l’argent dépensé par les nombreux touristes qui venaient, grâce à un téléphérique, admirer sur la colline le château vert où résidait la curiosité nationale, célèbre dans le monde, une oie. Une oie mécanique, et réglée par une horloge hasardeuse, qui parfois, pas souvent, même très rarement, délivrait soudain un œuf d’or : chaque touriste étranger rêvait d’être présent le jour béni pour jouir de ce miracle aléatoire et se mirer dans l’œuf pondu, la plupart du temps on repartait déçu, mais l’on revenait vite, plein de cet espoir qui ferait vivre. Les commerces des habitants de la colline étaient florissants, mais nul touriste ne se rendait dans la...

Vilaines Pensées 137 :
Lettres persanes, IX

V

Lettre de Roxane à Usbek. Téhéran, sous la pluie légère. Je regrette que tu quittes si vite la France, comme si — ô Usbek errant en Europe — tu étais déçu qu’après tant de retournements, de coups de théâtre, les résultats du premier tour des élections présidentielles soient ceux prévus depuis des jours, ne permettant pas de donner tort aux instituts de sondage qui, par orgueil, répétaient qu’ils pouvaient se tromper. Ici, en Iran où je t’attends, les roses de notre jardin libèrent leur couleur pourpre et leurs douces odeurs : elles t’attendent, aussi. Elles font selon leurs millénaires habitudes, quand les Français viennent de bouleverser leurs usages, rejetant leurs clans politiques traditionnels et créant de nouvelles ruptures entre les souverainistes et les cosmopolites. Les lettres...

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