blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 193 : Révolution dans les révolutions ?

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Depuis des milliers d’années, nous manifestons. Régulièrement, nous occupons les chemins, les rues, nous brandissons des fourches ou des hurlements inscrits sur des pancartes, nous lançons des cailloux, des pavés, nous brisons des portes, nous bousculons les gardes, les policiers, ce que nous disons être les signes du Pouvoir. Nous réclamons du pain, la fin de l’esclavage, la liberté, l’équité devant la Loi, nous exigeons la diminution des impôts qui nous saignent. Nous allons, nous crions, nous pillons les réserves de blé, les banques, les opulents magasins, nous luttons contre les riches. Parfois, petit à petit, nous obtenons gain de cause, il y a moins d’esclaves, on a admis que nous étions tous libres, mais nous allons toujours, dressant des barricades, agitant des drapeaux rouges...

Vilaines Pensées 192 : Le Château, en deux versions

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Hier, sur les chaînes d’informations continuelles, j’avais demandé au Président de me recevoir. Ce matin, il m’a prié de venir au Château. Je me suis présenté à l’heure dite, aussitôt les gardes m’ont invité à entrer dans le bureau présidentiel. Je n’ai pas attendu dans les antichambres, je me suis assis directement devant le Président, en tête à tête. Il était charmant, attentif, il prenait des notes, je lui ai raconté ma vie. Il m’a écouté, pourtant ma vie n’a rien d’exceptionnelle, à part l’impression d’être délaissé, avec trop de charges, d’impôts, une famille à nourrir, la crainte du chômage, bref des banalités, j’avais honte de ne pas être extraordinaire, peur de l’ennuyer avec mes histoires quotidiennes. Néanmoins, il parut fort intéressé. Et pour preuve, il me pria de revenir le...

Vilaines Pensées 191 : Le silence des discours

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Je suis descendu de ma montagne, et après les sapins où chantaient les oiseaux j’ai rencontré les villes hautes et riches, peuplées de gens contents qui sentaient le bon goût de la réussite, de l’optimisme, de l’esprit d’entreprise, des fêtes sous les palmiers et le soleil. Je leur ai dit : « Sœurs et frères humains, méfiez-vous ! Brandissant un rêve d’égalité, un peuple blessé, humilié, qui n’arrive plus à payer ses impôts, des classes délaissées, rurales, qui n’ont pas la même élégance que vous, ni la même culture ou la même cuisine, viendront, au nom de Jésus Christ et de Karl Marx, mettre le feu dans vos avenues, répétant pour la millième fois des révoltes ancestrales que vous croyiez caduques, attendez-vous à des renversements, des révolutions, ne croyez plus à un souverain progrès ...

Vilaines Pensées 190 : Et Brecht, aujourd’hui ?

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Il n’y a pas très longtemps, c’était une seule et même personne – que nous avions surnommée par dérision Shakespeare – qui écrivait les discours du Président et les réponses critiques, violentes, des syndicats, des partis d’opposition. Je ne sais si ces pratiques ont changé, mais au moins les choses, alors, étaient claires, admises, programmées, sans surprise. Chacun dans son rôle – car c’était bien d’un théâtre qu’il s’agissait ; et l’on admettait mal l’improvisation. Les choses ont pu changer, on parle maintenant de sincérité, mais pour l’heure je ne vois pas la différence. C’est toujours d’un théâtre qu’il s’agit, un vieux théâtre classique – aristotélicien disait le camarade Brecht – qui prône sur scène l’imitation du réel et surtout l’identification...

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