blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 208 : L’âne astrophysicien (4)

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Cette semaine, la dernière, nous sommes revenus voir Wolfgang von Picotin, la famille Piano et moi. Nous étions au milieu d’une foule de badauds, de professeurs, de prêtres et de journalistes avec caméras et micros, sur le pré, proches de l’âne toujours traduit par l’aigle : « Vous avez le droit de me demander comment je suis revenu de mon voyage jusqu’au fin fond insondable du cosmos. Eh bien, frères humains qui bientôt ne vivrez plus, je n’en suis pas revenu entier. Fuyant le chaos, les discontinuités qui me déchiquetaient, et ces sphères impénétrables qui me renvoyaient de l’une à l’autre tel un pantin désarticulé, je tentais en m’agitant bêtement de regagner notre système solaire dont j’avais la nostalgie, si ce sentiment mesquin avait encore un sens en cette pagaille. » Tout à coup...

Vilaines Pensées 207 : L’âne astrophysicien (3)

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La semaine d’après, j’allai encore à la campagne avec M. Piano, Mme Piano, et leur petit-fils cette fois déguisé en lui-même, en clavecin, et ce fut étonnant cet instrument de musique sur un pré, devant un âne savant. Et nous remarquions aussi, derrière les pruniers, des astrophysiciens américains et russes, avec des oreilles de lapin afin de se dissimuler et de mieux entendre les propos de notre âne traduit par un aigle ex-humain : « Oui, le paysage chaotique des galaxies proches est l’accumulation des informations, des récits, des idées émises par les vivants, les végétaux et les pierres, depuis la formation de ces mondes. Ces mémoires nous criblent sans cesse. Nous, habitants de la Terre, sommes constamment agités en nos corps par le souvenir toujours actuel d’événements anciens, par...

Vilaines Pensées 206 : L’âne astrophysicien (2)

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Je revins ainsi, en deuxième semaine, écouter les leçons de l’âne sur le pré, en compagnie de Clavecin qui cette fois portait le costume de Spider-Man comme s’il voulait impressionner Wolfgang von Picotin. Et son grand-père, ce cher Piano, était avec nous, un peu tremblant, comme moi. « Mes amis, brayait doucement l’âne dont l’aigle de Xi tout excité traduisait toujours les sons monotones, comparant ce que j’avais éprouvé dans les galaxies lointaines avec les comportements de notre système solaire, je constatais que si, là-bas, je ne discernais que des séries de mouvements éparpillés où manquaient les enchaînements de cause à effet, à première vue les agissements des êtres et des choses, ici, sur nos proches planètes, au contraire semblaient obéir à une logique pérenne, une boule en...

Vilaines Pensées 205 : L’âne astrophysicien (1)

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C’était un âne normal, aux grandes oreilles, aux yeux doux. Il s’appelait Picotin, on le nommait Wolfgang von Picotin par respect un peu ironique pour sa science, car il se disait astrophysicien. A la campagne, sur un pré vert, le petit-fils de mon ami Piano, cet énergumène de Clavecin, ce jour-là costumé en canari, me le présenta : l’âne sembla indifférent, mais se mit à braire. Ce fut l’aigle de Xi, ex-humain et autrefois interprète du gouvernement chinois, dont je vous ai déjà parlé, qui traduisit les étonnants braiments de cet âne fameux : « Quand, comme moi, on a beaucoup voyagé dans l’espace, racontait-il d’une façon placide que l’aigle rendait épique, on saisit les œillères de l’humanité qui ne voit pas plus loin que le seuil de sa porte. Dès que l’on s’éloigne de nos proches...

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