blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 214 : Malheureux Faust (2)

V

Donc, suite à un merveilleux coma, je me retrouvai à soixante-dix ans avec les sublimes jambes d’un jeune coureur, plein de vie, avec les pulsions et le beau visage d’un mâle de dix-neuf ans. Le bonheur. Mais je gardais en moi le recul et l’expérience de mon âge véritable, et ce fut une atroce schizophrénie, un total inconfort. Celles et ceux avec qui je partageais ma neuve apparence me lançaient des mots, des abréviations, des sonorités vaguement américaines qui me passaient au-dessus de la tête : j’avais l’air idiot. On écoutait des musiques que je détestais, auxquelles je devais adhérer : j’étais étranger à mon nouvel âge. D’autant plus que je les trouvais laids, mes amis, pourtant coiffés et vêtus comme moi, en une extravagance étudiée. Et que je les trouvais laides, les filles...

Vilaines Pensées 213 : Malheureux Faust (1)

V

J’ai raconté comment et pourquoi je fus coupé en deux, les jambes avalées et digérées dans le ventre d’un lion, et le reste de mon être dans le coma. Rares sont ceux qui ont le plaisir de parler de leur coma. Je dis : plaisir, car on subit alors deux phénomènes que les médecins taisent. Le premier phénomène, c’est que l’on vit intensément. Durant mon coma, je visitai l’Amérique, devint producteur sur une grande chaîne de télévision, achetai une maison sur une île, me mariai avec une star, je jouissais, riais, m’épanouissais. Mais, souvent, comme tout le monde, je m’endormais, je rêvais que j’étais dans un lit, immobile, sourd, insensible, respirant à l’aide d’appareils oniriques que je subodorais sans les voir, attendant le moment où je me réveillerai pour présider un Conseil...

Vilaines Pensées 212 : Le lion et la démocratie

V

Fatigué d’avoir voté aux européennes, je pris l’avion pour Sofia, j’étais assis auprès d’un lion, un vrai lion, je ne plaisante pas. Après avoir rencontré un âne astrophysicien, je côtoyais un lion courtois, légèrement philosophe, qui me livra son sentiment, assez négatif, sur la démocratie. Après avoir égrené quelques banalités, le risque de réclamer une réponse à des humains sur des sujets qu’ils connaissent peu, ou mal, le danger de la démagogie, de la propagande, de la réclame, le péril de croire aux vertus d’une majorité versatile et aléatoire, notre beau lion fit quelques remarques qui me touchèrent, et je cessai de bailler. « Comment, rugissait-il, se contenter de n’être qu’une seule voix parmi des millions d’autres, une goutte d’eau dans la mer ? Si la pensée humaine prône la...

Vilaines Pensées 211 : L’arroseur arrosé

V

Ça devait arriver : à force de répéter que le langage noie forcément la réalité, et que la vérité est impossible à cerner, et que les récits ne peuvent que mentir, pour une fois que j’écris, dans ma dernière Vilaine Pensée, tout à coup quelque chose d’hélas exact, beaucoup de lecteurs n’y ont vu qu’une pirouette finale, un effet de style, un procédé presque de mauvais goût. Mais cette distance n’était-elle pas secrètement mon but, afin de masquer, travestir un réel trop dur, inadmissible ? Si je vous racontais comment j’ai été mangé par un lion, ce serait plus simple à dire, à lire.

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