blog de François Coupry

Mes dernières Vilaines Pensées

Vilaines Pensées 172 : Le plaisir de revenir en arrière ?

V

On oublie souvent que Lemuel Gulliver, après son séjour à Laputa, alla en Franchimancie. Si, par la taille, les Franchimanciennes et les Franchimanciens ne se différenciaient guère de l’auteur des Voyages, des signes extérieurs de richesse intriguaient d’abord les étrangers. Au milieu de hautes tours transparentes, les habitants faisaient commerce de n’importe quoi aux quatre coins du monde. Un jour, au gré de leurs investissements et des mouvements boursiers, ils pouvaient devenir pauvres, puis s’enrichir de nouveau le lendemain. Ils sublimaient cette précarité par une désinvolture seigneuriale, et s’enorgueillissaient de l’égalité radicale entre mâles et dames. Ils prétendaient, peut-être avec raison, représenter l’avenir, l’harmonie et la paix. Autour de ces grandes villes, dans les...

Vilaines Pensées 161 :
Tout fout le camp?

V

Sinistre sensation : les écrivains de ma génération, nés entre 1945 et 1955, sont tous emprisonnés, ou plutôt relégués, entourés d’un mur de silence. On n’en parle plus, comme s’ils n’existaient plus. Leurs années 1970-1990 furent vibrantes, la littérature s’explosait dans l’invention des mots et des structures narratives, des créations de fictions, des transgressions du récit, le beau mauvais goût du romanesque baroque. Ces expériences hors-limites, en l’écho international des Sud-Américains et jusqu’aux fonds de verre de quelques Polonais, ces originalités, ces nouveautés radicales sont aujourd’hui interdites, castrées, menacées de prison, de camps de redressement, en Europe comme en Chine. Et nul n’oserait publier Le Bruit et la Fureur, Conversation à la Catedral ou le Pastis de la Rue...

Vilaines Pensées 160 :
L’imaginaire précède l’existence

V

Avant-hier, à Buenos Aires, dans une bâtisse architecturée par les Jésuites, où des colonnes rehaussent des voûtes mauves et ibériques, Mario Marquez Iriguate, à peine ivre, se confessa délicatement à moi : « J’ai une maîtresse extraordinaire, elle me dit être pleine de tiroirs, dans sa cervelle, ses seins, son ventre, son pubis, ses genoux. En ces tiroirs, reposeraient ses rêves, ses parents, ses livres et films préférés, ses maladies, ses comptes en banque entre ses doigts de pied. Elle me dit que, parfois, le soir, avant de se coucher, elle ouvre ses tiroirs, mais à moi, jamais, elle n’a permis de les tirer, si bien que je n’ai jamais touché sa tête, ni ses seins, ni son bas-ventre, ni ses jambes, et pourtant je suis son plus bel amant, je l’aime, mais faut-il avouer que je ne songe...

Vilaines Pensées 159 :
Un héros de la chance

V

Il se peut que je sois l’homme le plus chanceux du monde, moi Don Carlos de Palloma : j’ai toujours une pelle à portée de main, et dès que me prend l’envie de creuser la terre je découvre un trésor, des pierres précieuses, des gros lots de monnaies, des coffres pleins de documents qui attestent l’emplacement de mines d’or. Aussitôt les hommes d’affaires, osseux, aux longs ongles et qui me suivent, vendent, exploitent, m’achètent des châteaux et des choses. Si bien que, sur les terres de la Manche que je parcours avec mes dizaines de carrioles, je passe de châteaux en châteaux. Mais je ne peux m’attarder sur mes propriétés car bientôt d’autres trésors m’offrent d’autres châteaux. Que je meuble avec les choses également achetées par mes hommes d’affaires, et que je trimbale dans mes...

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